Automates
Intelligents s'enrichit du logiciel
Alexandria.
Double-cliquez sur chaque mot de cette page et s'afficheront
alors définitions, synonymes et expressions constituées
de ce mot. Une fenêtre déroulante permet aussi
d'accéder à la définition du mot dans une
autre langue.
Dans
son récent rapport "Nanotechnologies : le futur est
plus proche que nous le pensons", le Joint Economic Commitee
du Congrès américain distingue cinq périodes
clés dans le développement des nanotechnologies [voir
notre actualité du 4 avril 2007].
Celle des nanostructures passives (2000-20005) est déjà
derrière nous avec la fabrication de raquettes de tennis
renforcées aux nanotubes de carbone, de pièces de
voiture, de produits cosmétiques, de filtres pour la purification
des eaux usées...
Selon ce rapport, nous sommes aujourd'hui passés dans la
période des nanostructures actives (2005-2010), celle où
elles changent
leur état durant leur utilisation, répondant de façon
prédictive à l'environnement qui les entourent.
Le
rapport ne cite aucun exemple de telles nanostructures actives mais
nous pourrions l'illustrer par la conception de nouveaux gilets
pare-balles enrichis en nanoparticules. Un de ces gilets, une espèce
d"'armure liquide" (Shear Thickening Fluid) doit d'ailleurs
être produit avant la fin de l'année par la société
Armor Holdings. A l'état de repos, le liquide reste fluide.
Au moindre choc, il durcit, assurant protection. On est bien là
dans la période des nanostructures actives, sachant réagir
à un changement de pression.
Ceci montre le chemin parcouru depuis les années 60 où
la capacité de la céramique d'alumine de résister
à des impacts de balle a été découverte.
De grand progrès ont été enregistrés
avec des protections aujourd'hui sophistiquées, utilisant
les matériaux avancés allant du Kevlar et fibres de
verre, en passant par la céramique et le composite carbone/époxy.
Mais si l'armure moderne peut endurer des coups multiples, fournir
une bonne résistance au feu et à la fumée,
elle se fonde généralement sur une couche en céramique
pour encaisser les impacts balistiques. Et l'utilisation d'un tel
matériau compromet le poids et la flexibilité de l'armure.
Des
gilets pare-balles plus efficaces, légers et flexibles
grâce aux nanotechnologies ?
Peut-on
réaliser des gilets pare-balles plus efficaces, légers,
flexibles et peu encombrants grâce à l'utilisation
des nanomatériaux ?
On comprend que cette question intéresse fortement le secteur
militaire de tous pays, qu'il s'agisse par exemple chez-nous de
la Direction Générale de l'armement, mais aussi particulièrement
de la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency(1))
aux Etats-Unis, à l'heure où le nombre de militaires
tués en Irak ne cesse d'augmenter... Subventionnés
par des crédits militaires ou d'enveloppes émanant
de la National Science Foundation, de nombreux laboratoires publics
ont mené des recherches avancées dans le domaine.
C'est ainsi que des chercheurs américains des Universités
de Tuskegee (Alabama) et Florida Atlantic (Floride), en collaboration
avec des scientifiques britanniques (Laboratoire Daresbury du CCLRC(2)
et université de Liverpool), ont montré que des nanocomposites
fabriqués à partir de matrices de polyéthylène,
de polypropylène, de Nylon 6 ou d'époxy dans lesquelles
sont incluses des nanotubes de carbone(3)
ou des nanobilles sphériques de silice conduisent à
une résistance et une flexibilité accrues. La résistance
à la traction du Nylon 6 incorporant des nanotubes de carbone
est ainsi 220% supérieure à celle du simple Nylon
6.
Les
travaux du professeur Hassan Mahafuz (université de Floride)
et de son collègue Shaik Jeelani (université de Tuskegee)
ont également montré que les matériaux associant
de la mousse de polyuréthane à des nanoparticules
d'oxyde de titane étaient très résistants aux
balles et projectiles à très grande vitesse.
Aujourd'hui
les recherches s'appliquent à mieux comprendre la manière
dont se lient les nanoparticules avec la matrice et, de façon
plus large, de mieux connaître la structure intime de ces
particules.
Une
"armure liquide"
Issue
des travaux développés par deux équipes de
chercheurs américains (une menée par le chimiste Norman
Wagner de l'université du Delaware et l'autre par Eric Wetzel,
du laboratoire de recherches des armées à Aberdeen
(Maryland), l'armure liquide doit bientôt voir le jour(4).
Comme déjà signalé plus haut, Armor Holdings
(Jacksonville - USA), entreprise spécialisée dans
les systèmes de protection pour l'armée et la police,
a acquis la licence d'exploitation de cette technologie. Elle souhaite
en proposer la fabrication industrielle pour la fin de cette année.
Outre
son apport aux gilets pare-balles, cette technologie représente
une bonne solution pour la protection des parties non couvertes
par le gilet (bras et jambes), dont l'exposition présente
cependant un grand danger pour le soldat.
L'armure est composée d'un tissu souple résistant
(Kevlar) auquel on adjoint un mélange de polyéthylène
glycol (fluide non toxique et non évaporant) comprenant des
nanoparticules de silice en suspension. Un tel mélange a
la propriété de rester fluide au repos, dans des conditions
d'énergie réduites. Mais sous l'effet d'un choc, l'énergie
reçue entraîne la réorganisation en faisceaux
des nanoparticules, rigidifiant instantanément l'ensemble(5).
Après le choc, une fois l'énergie de l'impact dissipée,
le produit retrouve naturellement son état fluide et le gilet
redevient souple et flexible.
Ainsi, durant le port normal, le fluide est déformable et
coule comme un liquide. Lorsqu'une balle ou une grenade frappe le
gilet, il devient rigide, empêchant les projectiles de pénétrer
dans le corps du soldat. Ceci parce que le raidissement du liquide
permet à l'énergie d'un impact d'être répartie
sur une superficie beaucoup plus grande. Plutôt que d'être
concentrée sur le secteur d'une tête de balle, la force
est alors répartie sur une grande partie du tissu environnant.
Tissu qui, incorporé du mélange protecteur, ne pèse
que 20% de plus que celui non-traité et n'entrave pas les
mouvements.
Ces gilets résistent au tranchant d'une lame ou aux piqûres
(pic à glace par exemple), ce qui n'était pas non
plus le cas du simple Kevlar.
Si l'on pense immédiatement à un usage militaire ou
policier, on pourrait aussi évoquer des applications civiles
avec la mise au point de combinaison pour motard, le protégeant
en cas de chute, la production de genouillères et de protection
pour les coudes à l'usage des sportifs. Et pourquoi pas,
pour tout un chacun et particulièrement les personnes âgées,
des protège-chevilles permettant d'éviter entorse
ou fracture en cas de chute brutale...
Notes
(1) Au sein du ministère de la défense américain,
cette Agence est chargée d'anticiper les besoins des armées
et des agences fédérales, puis d'engager des programmes
de recherche avancée. Chaque année, l'agence distribue
quelque 3 milliards de dollars de subventions.
(2) Central Laboratory of the Research Councils.
(3) Voir par exemple : Mahfuz H., Adnan Ashfaq, Rangari V. K., M.
M. Hasan, S. Jeelani., W. J. Wright, S. J. DeTeresa, Enhancement
of Strength and Stiffness of Nylon 6 filaments through carbon nanotubes
reinforcement", in Applied Physics Letters, 88 (2006) 83119
[voir
abstract].
(4) Une partie de leur travaux a été publiée,
notamment :
- R. G. Egres Jr., M. J. Decker, C. J. Halbach, Y. S. Lee, J. E.
Kirkwood, K. M. Kirkwood, E. D. Wetzel, N. J. Wagner, Stab
Resistance of Shear Thickening Fluid (STF)-Kevlar Composites for
Body Armor Applications, in Proceedings of the 24thArmy Science
Conference, (Orlando, FL, November 29-December 2, 2004.
- G. Egres Jr., C. J. Halbach, M. J. Decker, E. D. Wetzel, and N.
J.Wagner. "Stab performance of shear thickening fluid (STF)
fabric composites for body armor applications." Proceedings
of SAMPE 2005: New Horizons for Materials and Processing Technologies.
Long Beach, CA. May 1-5, 2005.
- Caroline H. Nam, Matthew J. Decker, Christopher Halbach, Eric
D. Wetzel, and Norman J. Wagner. "Ballistic and rheological
properties of shear thickening fluids (STFs) reinforced by short,
discontinuous fibers." Proceedings of SAMPE 2005: New Horizons
for Materials and Processing Technologies. Long Beach, CA. May 1-5,
2005.
- Norman Wagner et al: "The rheology and microstructure of
acicular precipitated calcium carbonate colloidal suspensions through
the shear thickening transition", in Journal of Rheology Volume
49, Issue 3, pp. 719-746 (mai juin 2005)
- M. J. Decker, R. G. Egres, E. D. Wetzel, and N. J. Wagner. "Low
velocity ballistic properties of shear thickening fluid (STF)-fabric
composites."Proceedings of the 22nd Int. Symp. on Ballistics.
14-18 November 2005. (5)
D'autres solutions ont également été envisagées.
Signalons à ce sujet les travaux du MIT sur les fluides magnéto
rhéologiques. Il s'agit ici d'une suspension de nanoparticules
de fer dans une solution épaisse de pétrole ou de
sirop. Quand un champ magnétique est appliqué, les
particules de fer s'alignent selon une certaine direction et le
fluide devient extrêmement rigide. Le degré de rigidité
change selon la force du champ appliqué. Ce champ pourrait
être activé via un commutateur. Cela dit, cette solution
pose la question du déclenchement de ce champ en fonction
de l'arrivée du projectile... Et puis elle suppose que le
soldat porte un boîtier.