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6 janvier 2009
par Jean-Paul Baquiast et Christophe Jacquemin
Des progrès dans la connaissance du langage
des dauphins ?
Le
Britannique John Stuart Reid(1) et l'Américain Jack
Kassewitz(2) ont identifié les empreintes à
haute définition que les sons émis par les dauphins
laissent dans l'eau. Ils ont nommé ces empreintes des «CymaGlyphs».
Il s'agit de formes reproductibles (ou patterns) supposées
constituer la base d'un lexique propre au langage des dauphins,
chacun d'elles représentant une «image-mot».
Un appareil appelé CymaScope capture les vibrations imprimées
dans l'eau, qui est le milieu naturel des dauphins. Il fournit pour
la première fois des images de ces sons complexes.
Ceci
confirmerait l'hypothèse que les dauphins voient surtout
le monde à partir des sons qu'ils émettent, de la
même façon que les mères humaines voient leurs
enfants à partir d'une échographie. Mais ces visions
ne seraient pas seulement passives (en réception). Elles
pourraient aussi être transmises (en émission), chacune
avec sa signification précise, d'un animal à l'autre.
Point
intéressant, comme le son ne voyage pas facilement dans l'eau,
contrairement à une croyance répandue, la transmission
se fait par l'intermédiaire de bulles et de faisceaux exploitant
les propriétés de l'hologramme. La bulle et le faisceau
schématisent la zone à l'intérieur de laquelle
l'émission peut être reçue. La théorie
physique de l'hologramme montre qu'une seule molécule d'air
ou d'eau transporte toute l'information décrivant les caractéristiques
et l'intensité d'un son donné. Aux fréquences
audibles par les humains (20 à 20.000 Hertz) la bulle domine.
Au-delà l'émission prend progressivement la forme
d'un rayon, semblable à celui d'un phare. Elle gagne en portée,
mais nécessite pour être perçue que l'on se
trouve au cœur du rayon.
Le Cymascope offre la possibilité d'analyser la structure
sonore
du faisceau d'ultrasons émis par un dauphin
Plusieurs
types de sons ont été identifiés, correspondant
à des langages et mots différents dont les usages
sont spécifiques : des clicks, des sifflets et des gazouillis.
Manifestement, l'importance des aires cérébrales que
les dauphins consacrent à la sono-communication montre que
ce mode de langage a été essentiel à leur développement
en tant qu'espèce. Leur cerveau est, en terme de poids rapporté
à la masse du corps, assez comparable à celui des
hominidés. Mais ce sont les aires auditives qui prédominent.
Il
semble donc que les dauphins prennent constamment des «clichés»
sonores de leur environnement et les envoient à leurs congénères,
en les chargeant de significations appropriées. Ceux-ci répondent
et une véritable sphère de cognition partagée
s'établit alors entre eux. Malheureusement (sauf erreur),
les dauphins ne semblent pas avoir inventé de méthodes
permettant, telle l'écriture humaine, de conserver la mémoire
de ces échanges afin d'en faire les bases d'une culture durable.
La
technique semble prometteuse : pour l'heure Jack Kassewitz estime
que les cymaglyphes pourraient fournir une bonne représentation
du "vocabulaire" des dauphins. Il espère maintenant
enregistrer les signaux d'écholocation et de communication
lorsque ces mammifères sont mis en présence de différents
objets, de manière à vérifier si les cymaglyphes
des sons échangés entre dauphins ressemblent à
ceux de l'écholocation.
Les
chercheurs espèrent se trouver aujourd'hui dans la situation
de Champollion face aux Hiéroglyphes. Ils cherchent actuellement,
notamment en communicant avec des dauphins dans leurs «mots»,
à obtenir des équivalences qui permettraient de déchiffrer
l'ensemble du ou des langages utilisés par les sociétés
de dauphins. On
devine l'importance d'une telle découverte, si elle pouvait
être menée à bien. Non seulement, les deux espèces
pourraient enfin s'enrichir respectivement par le langage, mais
la nôtre pourrait découvrir beaucoup d'inconnues demeurant
encore à propos du milieu marin. Rappelons enfin que les
dauphins ne sont pas les seuls animaux marins à utiliser
les sono-langages. Les grands cétacés le font aussi,
avec apparemment des puissances d'émission bien supérieures.
C'est
à ce moment précis, alors que nous pourrions découvrir
un nouveau monde d'une infinie richesse, que nous choisissons d'exterminer
les dauphins et autres mammifères marins par des technologies
mortifères, sans mentionner la destruction de milliers d'individus
par des pêcheries maffieuses.
(1)
John Stuart Reid, acousticien, inventeur du CymaScope
(2) Initiateur du projet projet SpeakDolphin à Key Largo.