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le programme
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aussi :
Pour que
l'Europe devienne une société spatio-centrée,
par Jean-Paul Baquiast
Nota
: Nous avons fortement résumé les interventions, tout
en essayant de rester fidèle à leur esprit. Dans certains
cas, nous présenterons en italique
bleue quelques observations personnelles. Les
liens Internet proposés sont de notre responsabilité.
Introduction
Le
sénateur Henri Revol :
Il
est indispensable, un mois avant la réunion du conseil des
ministres membres de l'ESA (Agence Spatiale européenne),
de rechercher les points de convergence et de divergence entre grands
acteurs du spatial. En Europe, les programmes initialisés
il y a plus de 15 ans arrivent à terme et rien n'est encore
décidé pour assurer la relève. Autrement dit
l'avenir de l'Europe dans l'espace, à horizon de 2015, reste
encore incertain.
Il y a 7 ans, en mars 1999, le Parlement (OFFICE PARLEMENTAIRE
D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES, OPECST) avait
lancé une procédure d'auditions publiques
dont les résultats ont été publiés
en 2001. Les grandes conclusions en restent d'actualité
: préserver les capacités de l'industrie
spatiale européenne, confirmer le lanceur lourd Ariane
5, engager une coopération avec la Russie, décider
le programme Galiléo, reconnaître la nécessité
des vols habités, étant entendu que ceux en
orbite basse, sur la plate forme internationale ISS paraissent
d'un intérêt limité d'autant
plus qu'ils gèlent les crédits des partenaires
de celle-ci. Concernant les structures, il était
recommandé d'harmoniser les relations entre
les centres spatiaux nationaux européens et l'ESA,
ainsi que ceux de l'Esa avec l'Union européenne.
Aujourd'hui, ces objectifs ont recueilli un large consensus
des Européens, même si, concernant notamment
Galiléo, les accords ont été parfois
longs à obtenir.
Mais dorénavant il faut renouveler ce travail, concernant
les programmes spatiaux de demain. C'est l'ambition
de ce Colloque d'y contribuer.
François
Goulard, ministre délégué à
l'enseignement supérieur et à la recherche
Le ministre salue l'implication forte des parlementaires
sur l'espace. Les parlementaires conscients du problème
sont largement représentés dans toutes les
formations politiques.
Le gouvernement français est aujourd'hui convaincu
qu'il faut une politique spatiale, mais celle-ci doit
être européenne. Elle ne peut plus être
seulement nationale. Les groupes industriels sont européens,
qu'ils soient civils ou militaires. Le grand programme
Galiléo implique désormais l'ESA et
l'UE. Il en sera de même du futur programme
considéré comme prioritaire, GMES. Le prochain
conseil européen Espace sera entièrement consacré
à GMES.
Il est prévu par ailleurs que l'ensemble des
Etats-membres de l'UE deviennent membres de l'ESA.
Les prochains seront la Grèce et le Luxembourg.
D'autres Conseils devront prendre des engagements
stratégiques, en matière de coopération
concernant notamment les lanceurs.
La volonté de coopération européenne
n'est pas contradictoire avec celle de coopération
internationale : USA, Japon, Russie, Inde puis Thaïlande.
Les grands secteurs stratégiques européens
dépendent dorénavant su spatial : télécommunications,
transports, audiovisuels, sciences, environnement.
Nota : Il n'est
pas certain que, malgré l'implication de la France dans le
spatial, le parlement français ait encore pris véritablement
conscience des enjeux et des sacrifices à consentir. Le parlementaire
moyen semble très ignorant de ces questions et met ses objectifs
ailleurs. C'est au gouvernement, comme nous le redirons ci-après,
de le mobiliser. Mais encore faudrait-il que la priorité,
si elle est vraiment ressentie au plan gouvernemental, soit clairement
affichée.
L'avenir
de la propulsion. Les lanceurs de demain 
Le
sénateur Alain Gournac, modérateur,
exprime le besoin d'être rassuré. Il craint qu'à
terme de 10/15 ans l'Europe n'ait plus de lanceurs capables de prendre
le relais des actuels. Que seront par ailleurs les nouvelles propulsions
(moteurs). A-t-on déjà commencé à travailler
ces questions. Avec quelles alliances internationales ? Par ailleurs,
qu'en est-il du projet Merlin ?
NB
: Sur les lanceurs en général, voir le site d'un passionné
belge http://users.skynet.be/Yantar/accueil.htm
Viktor
Remichevski, DGA, Roskosmos, Agence spatiale fédérale
russe http://www.federalspace.ru/
Pour
la Russie et Roskosmos, la coopération avec l'Europe
est une priorité. La production de lanceurs constitue
la base de l'activité spatiale. Mais les coûts
de lancement restent élevés. La fiabilité
est insuffisante (95% de réussite seulement). Il
faut moderniser et renouveler les gammes.
Aujourd'hui celles-ci comprennent les lanceurs légers
Kosmos et Tsyklon, les lanceurs moyens Soyouz et Zenit,
le lanceur lourd Proton. Ils satisfont actuellement à
la demande mais doivent être modernisés, notamment
Soyouz et Proton. Par ailleurs, il faut réaliser
un Véhicule de transfert (Orbital Transfer Stage).
L'avenir des lanceurs lourds est représenté
par le lanceur Angara qui constituera une famille de lanceurs
de 4 à 25 Tonnes, à base de composants modulaires.
Les motorisations seront renouvelées, avec augmentation
de la puissance et diminution de la masse.
La sécurité devra atteindre les normes de
l'aviation civile. La pollution sera réduite.
A partir de 2015-2020, les systèmes seront partiellement
réutilisables (Reentry Space Rocket System 1). On
aura des lanceurs à décollage vertical et
atterrissage horizontal.
Les combustibles feront appel au méthane.
La coopération avec l'Europe est une réussite.
Kiyoshi
Higuchi, directeur, JAXA (Japan Aerospace Exploration Agency)
http://www.jaxa.jp/index_e.html
- Les
lanceurs :
l'Agence dispose de moyens et de budgets encore trop
limités.
Le lanceur actuel est le H II A. 4 Tonnes, à deux
étages.
Il sera remplacé par le H II B en cours de finition,
8 Tonnes, pour lancement en 2008.
A cette date également sera proposé le H-II
Transfer Vehicle emportant 6 Tonnes, pour desservir l'ISS.
- La vision
Une nouvelle stratégie a été définie
en septembre 2994 et s'étend jusque 2025. Elle comporte plusieurs
éléments (voir pour détails http://www.jaxa.jp/2025/index_e.html):
1. Un monde et une société plus sécurisés.
2. Connaître l'univers
3. Développer des moyens autonomes de transports
spatiaux
4. Soutenir l'industrie spatiale nationale en général
afin d'en faire la première du pays
5. Soutenir le secteur aéro-spatial en particulier
et envisager un avion supersonique
Dans
les 10 ans, la JAXA vise à améliorer la fiabilité
des lanceurs, emmener des équipages et des charges
notamment vers l'ISS.
Elle est ouverte à la coopération internationale,
avec les USA, la Russie, l'Europe (notamment sur Ariane
5).
Jean-Yves
Le Gall, DG Arianespace
http://www.arianespace.com/site/index2.html
Il
faut rappeler l'événement qui fut à la source
de ce succès franco-européen qu'est devenu Arianespace
: le refus par les Américains de lancer le satellite franco-allemand
de télécommunications Symphonie en 1973 (NB : voir
http://www.airandspacemagazine.com/ASM/Mag/Index/1996/AM/frss.html),
ce qui a conduit l'Europe a décider de se doter d'un «
lanceur de souveraineté » en 1979. Ce fut une réussite
européenne. Aujourd'hui Arianespace a lancé les 2/3
des satellites en orbite dans le monde, ce qui est peu connu.
Les clefs du succès aujourd'hui sont Ariane 5 et
Ariane 5 lourd ECA (dont le 2e vol de qualification se fera
en novembre prochain avec les satellites Spaceway 2 etTelkom
2). Les Arianes sont développées
par le CNES sous l'égide de l'ESA et font travailler
toute l'industrie européenne du spatial. Les autres
clefs du succès sont le centre spatial guyanais de
Kourou, le meilleur cosmodrome au monde - et finalement
l'offre intégrée de services aux clients proposée
par Arianespace.
Mais ce succès reste fragile. Le modèle du
marché ne permet pas d'assurer l'avenir d'un lanceur
de souveraineté. Il faut le soutien des gouvernements,
comme cela est le cas partout ailleurs dans le monde (USA,
Chine, Japon, Inde, etc.). Les gouvernements européens
n'utilisent pas Arianespace comme ils devraient le faire,
dans le cadre d'un nécessaire « Buy european
act ». Ils la mettent en concurrence à
chaque lancement de satellite. Même les satellites
militaires sont achetés clef en mains à des
opérateurs qui s'adressent aux lanceurs du monde
entier.
Or le marché commercial est fluctuant et en baisse.
Il ne peut financer les développements nécessaires
de Arianespace.
De plus, la concurrence met en compétition des offres
relevant de systèmes économiques différents
: régaliens d'un côté (USA, Japon), à
très bas coûts de production d'un autre (Chine,
Inde, Brésil).
Une autre raison d'inquiétude tient à ce que
l'on arrive à la fin d'un cycle. Faute de nouvelles
commandes assurées, les bureaux d'études se
vident et la compétence des industriels disparaît.
Le succès d'un groupe comme Arianespace tient à
la marche sur deux jambes : les contrats actuels, le développement.
Or la jambe développement n'est plus alimentée.
Contrairement à ce que l'on croit, l'Europe spatiale
est encore à la croisée des chemins. Elle
s'était trouvée dans cette situation lors
du premier échec de Ariane 5 et s'en était
tiré de justesse, par un sursaut des gouvernements.
Mais la situation se retrouve. Les Européens doivent
soutenir leur industrie des lanceurs. Sans lanceurs de souveraineté,
il n'y a plus d'Europe spatiale. Les lanceurs ne sont pas
une «commodité» que l'on trouve sur étagères.
Allez demander aux Américains de lancer les futurs
satellites Galiléo et vous comprendrez. On retrouvera
les exigences formulées à l'égard de
Symphonie en 1973.
Les industriels, pour éviter cela, ont proposé en
2003 le pacte EGAS, European garanteed access to space
qui doit permettre de travailler jusqu'à 2015 en fixant des
étapes importantes (NB Voir http://www.esa.int/esaCP/SEMHQYR1VED_index_0.html).
Dès maintenant il faut entreprendre les développements
permettant en liaison avec l'ESA d'assurer l'accès humain
aux orbites basses, les rendez-vous orbitaux, la rentrée
dans l'atmosphère, les propulseurs du futur. ..
Que sera le lanceur européen en 2015. La réponse
doit être donnée aujourd'hui. Tous les satellites
européens institutionnels devront être lancés
dorénavant avec Ariane. Sinon, on retrouvera le spectre
de Symphonie.
Michel
Eymard, directeur des lanceurs du CNES
http://www.cnes.fr/html/_.php
L'échec
d'Ariane 5 en 2002 a mobilisé le CNES. Ariane 5 ECA
a été remise en vol grâce à cela.
Pour 2015 il faut tenir compte de ces acquis et les valoriser,
y compris le centre de Kourou, financés essentiellement
par la France.
Par ailleurs l'industrie doit disposer de perspectives rationalisées
s'étendant au moins à 2020. Les décisions
effectives seront à prendre entre 2008 et 2012. Elles
concernent à la fois le domaine institutionnel et
le domaine commercial.
Il faut pouvoir lancer d'ici là 4 à 5 lanceurs
par an au minimum.
En 2020, on verra sur le marché de nouveaux entrants,
Chine et Inde. Il faut donc, sans négliger le commercial,
prioriser l'institutionnel.
Ceci n'exclut pas une coopération internationale, notamment
avec la Russie. C'est le programme Oural, initié par la France
mais ayant vocation à devenir européen. Il prévoit
l'étude et la réalisation de démonstrateurs
technologiques, au service du développement futur d'un lanceur
en coopération avec la Russie (NB voir http://www.cnes.fr/html/_115_3244_.php).
On peut concevoir un lanceur en commun si chaque partenaire conserve
son indépendance technique et l'accès à son
segment de marché.
De
toutes façons il faut une stratégie de développement
de démonstrateurs permettant de maintenir les compétences
techniques. Certains seront communs avec les Russes.
Les prochains ne seront pas réutilisables (reusable).
Mais ensuite viendront des générations réutilisables
ou mixtes, des systèmes hybrides lanceurs-satellites,
etc.
En ce qui concerne les moteurs, le CNES travaille à
la future génération de moteur cryogénique.
C'est le Vinci sous maîtrise d'oeuvre SNECMA
(NB :
voir http://www.snecma-moteurs.com/fr/activites/propulsion_spatiale/moteur_vinci/)
Les développements de motorisation se centreront
sur le cryogénique avec possibilité de remplacement
de l'Hydrogène par du Méthane.
Les besoins de la sécurité-défense
et de l'exploration guideront les choix.
L'Europe a besoin d'une cohérence des actions. Elle
doit éviter la duplication des compétences.
Joël
Barre, vice président SNECMA
http://www.snecma-moteurs.com
Un premier
message est que le problème de la propulsion est
essentiel pour la fiabilité des lancements. L'activité
industrielle moteur est faible : 600 mns euros pour le carburant
liquide, 250 mns pour le solide. Mais il s'agit de
technologies clefs.
D'autres technologies sont en développement. Par exemple
le moteur à propulsion plasmique. En 2003 l'Europe a réussi
une première mondiale avec la sonde Smart 1 lancée
vers la lune. (NB : voir http://sci.esa.int/science-e/www/area/index.cfm?fareaid=10).
Le second message : il faut poursuivre sans arrêts
la R/D. On arrive à une période critique avec
l'achèvement des programmes précédents.
Il faut améliorer les performances et les prix avec
la R/D. Mais on doit aller plus loin.
La priorité de la SNECMA et de son partenaire Safran
EADS est le moteur Vinci. La cryotechnie est la solution
la plus efficace pour les étages supérieurs
des lanceurs. Le Vinci servira de démonstrateur pour
toute une gamme d'étages supérieurs,
sur Ariane ou d'autres lanceurs. Il est réalisé
en participation avec Astrium (Allemagne) pour la chambre
de combustion, Techspace Aero (société belge
du groupe Snecma) pour les vannes, Volvo Aero Corporation
(Suède) pour les turbines et Avio (Italie) pour la
turbopompe oxygène.
Une deuxième priorité de la SNECMA est le remplacement
de l'hydrogène liquide par le méthane liquide
dans ces moteurs. Le méthane est plus facilement stockable
en orbite. La solution est aussi celle de la Nasa. Elle est
indispensable pour les lanceurs réutilisables.
La propulsion solide reste par ailleurs fondamentale puisqu'elle
assure 90% de la poussée au décollage sur
Ariane 5. Elle est fiable. On étudie des propulseurs
d'appoint modulaires et d'autres génériques.
Qu'en est-il du projet Merlin ? Il s'agissait
de consolider en Europe les industriels de la propulsion
liquide, en rapprochant SNECMA et EADS Space Transportation.
Le projet a échoué devant le refus allemand
(crainte de perte de souveraineté). Il sera représenté
fin 2005 début 2006.
Alain
Charmeau, Président EADS Space Transportation
http://www.space.eads.net/
EADS
ST est au service des besoins institutionnels (par exemple
le satellite militaire Hélios) et commerciaux. L'entreprise
emploie 4.000 personnes en France et est en recherche permanente
d'augmentation de compétitivité. Mais les
perspectives sont assombries, avec une chute dramatique
de l'activité prévue pour 2006-2008. Les compétences
risquent de disparaître. Il faut retrouver un élan.
Des projets concrets de prototypes et d'essais sont indispensables.
Pour le futur, il faut assurer l'opérabilité
pendant au moins 10 ans du lanceur clef de l'indépendance
européenne Ariane 5, ceci quelles que soient les
difficultés et d'éventuels échecs momentanés.
Les Etats membres européens doivent apporter le financement
nécessaire. Ceci n'exclut pas une présence
sur la marché, mais elle sera nécessairement
subsidiaire.
On peut envisager un développement de Ariane 5 jusqu'à
2015 avec un étage cryogénique réallumable
versatile, le carburant H et Méthane, des améliorations
d'architecture et d'ingénierie générale,
de nouveaux prototypes de logiciels et d'essais complexes.
Mais après il faudra autre chose, que personne n'a
encore clairement envisagé.
Une architecture industrielle optimisée autour de
EADS.ST est nécessaire. Elle sera complétée
de partenariats publics-privés. Un budget de 200
mns d'euros par an minimum sera indispensable pour réaliser
les démonstrateurs.
La conférence ministérielle européenne
sur l'espace de décembre prochain sera décisive.
Intervention
non prévue du président de l'Agence
Spatiale ukrainienne
L'intervenant
explique l'intérêt d'une coopération
de l'Europe, et particulièrement du CNES avec
l'Ukraine, compte-tenu de la grande compétence
de son Agence Spatiale.
Il insiste sur les dangers de la mise en concurrence qui
détruit les potentiels au lieu de les unir. Des investissements
ont été faits depuis 30 ans qu'il faut
réutiliser par des accords politiques au sommet.
L'espace
scientifique et de la connaissance. L'avenir des vols habités
Modérateur:
le Député Christian Cabal
Cette
table ronde aborde les sujets qui, à tort ou à raison,
font le plus rêver l'opinion public. Si l'Europe est active
dans l'exploration scientifique du cosmos, elle n'est pratiquement
pas présente dans les vols habités. A l'avenir se
posera nécessairement la question de savoir si l'opinion
acceptera que toutes les lumières de l'actualité se
portent sur les exploits d'astronautes non-européens.
Roger-Maurice Bonnet, président du COSPAR
http://www.cosparhq.org/
La structuration
de l'espace européen présente une configuration
singulière par rapport aux solutions des autres puissances
spatiales. Les décisions sont réparties entre
un grand nombre d'acteurs : les 25 Etats-membres,
diverses agences nationales, les 17 membres de l'ESA,
la Commission européenne. Il en résulte dispersion
et disparités. Ce sont des handicaps considérables
que l'on oublie trop souvent.
Néanmoins l'Europe a enregistré des succès
majeurs dans l'observation de la Terre (Envisat, Topex, Jason...)
et dans les sciences de l'univers (Mars Express, Huygens...)
Mais ces succès sont le fruit de décisions
prises il y a plus de 25 ans. Aujourd'hui, les plans
d'alors arrivent à terme.
De nombreux grands problèmes mériteraient
pourtant une nouvelle programmation à 10/20 ans.
Dans le domaine des sciences de l'univers, les grandes
questions portent sur :
- l'origine et l'évolution de l'univers.
De quoi est-il fait ? Que sont exactement que l'énergie
noire et la masse noire ?
- les lois actuelles de la physique sont-elles suffisantes
pour le comprendre ?
- existe-t-il d'autres planètes de type terrestre
?
- la vie existe-t-elle ailleurs ?
- quelle est l'influence du soleil sur les planètes
(étant rappelé que la Terre ne peut guère
compter maintenant que sur 1 md. d'années d'activité
solaire supportable) ?
Or aucune mission
n'est actuellement programmée pour répondre
à ces questions. On attend les budgets et les programmes.
Qu'en sera-t-il de la conférence interministérielle
de décembre, déjà plusieurs fois évoquée
?
Note
: Si l'on en croît les divers intervenants, cette conférence
devrait avoir un agenda considérable. On peut douter qu'elle
traite utilement de tout. Affaire à suivre évidemment.
En
ce qui concerne les sciences d'observation de la Terre (hydrologie,
biologie, atmosphère, climat, structure interne, tectonique,
magnétisme), la priorité est actuellement de rassembler,
normaliser, retraiter et diffuser l'ensemble des données
obtenues par les moyens d'observation actuels. C'est l'objet du
programme européen Global Monitoring for Environment and
Security' GMES (NB : voir
http://www.gmes.info/).
Mais poursuivre les observations s'impose. Ce sont les programmes
Living Planete, Cryosat (à reprendre après l'accident
d'octobre), GOCE, ADM-AEOLUS, SMOS, Swarm, Météosat
3e génération, etc. à lancer d'ici 2008. Devrait
suivre en 2012 Earth Care (Earth, Clouds, Aerosol and Radiation
Explorer), mission européo-japonaise et 6e de la série
Living Planet Explorers (NB. Pour détails voir http://www.esa.int/esaEO/SEM9JP2VQUD_index_0_m.html).
Exploration
La Nasa et le président Bush ont pris très au
sérieux les projets de retour sur la Lune précédant
le débarquement sur Mars. Il s'agit d'un enjeu politique
majeur pour l'administration actuelle. L'Europe est plus prudente.
Elle ne veut pas revoir tous ses projets. Elle n'a pas non
plus les moyens d'être chef de file. Elle entend donc
préserver ses acquits.
Cependant l'ESA a définit une carte routière pour
l'exploration de Mars, en faisant appel à ses ressources
propres. Il s'agit d'un exercice théorique qui risque de
devenir obsolète car il n'a toujours pas été
voté ni budgété. NB/ Sur Aurora, voir http://www.esa.int/SPECIALS/Aurora/ESA9LZPV16D_0.html
Ce projet serait cependant essentiel, car il obligerait l'Europe
à se doter de moyens spatiaux en propre qui lui manquent
encore et qu'elle ne trouvera évidemment pas auprès
de la Nasa, qui l'a clairement fait savoir. Il s'agit de réaliser
de nouveaux lanceurs et de maîtriser la technologie
de l'atterrissage. Les explorations seront au début
essentiellement robotiques.
L'envoi
de spationautes européens sur la Lune, avec des moyens
européens, à tort ou à raison, n'entre
pas dans les perspectives de l'ESA, faute de moyen.
Note
: L'exploration robotique de Mars représentera une occasion
inestimable de faire progresser la robotique autonome européenne
qui en a bien besoin. Ceci dit, on imagine la perte de prestige
de l'Europe lorsque les Américains effectueront leur retour
sur la Lune vers 2012, suivis peut-être par les Chinois, les
Russes voire d'autres. Les jeunes Européens d'alors regarderont
ailleurs que vers l'Europe.
L'Europe
a les moyens d'une grande ambition spatiale, moyens tant
scientifiques qu'industriels, mais elle n'en
a pas la volonté. Elle n'a pas d'ambitions.
Le budget de l'ESA est de 3,5 mds d'euros, celui
de la Nasa de 16.
Tout
ceci avait été exposé dans un Livre blanc et
un Livre vert communautaires, mais rien n'a suivi. Où est
la vision politique ? Manque à l'Europe aujourd'hui le De
Gaulle des premières années du spatial européen,
avec un rôle pilote de la France réaffirmé,
que tous les autres pays attendent.
La principale difficulté tient au manque de conscience
politique sur le sujet de la part des Etats européens,
à quelques exceptions près. Or, les compétences
étant partagées, les budgets partagés,
on ne peut rien faire sans consensus. Mais ces Etats s'imaginent
pouvoir compter sur les USA ou sur le marché pour
satisfaire leurs besoins. Ils se trompent complètement.
La Commission européenne n'est pas un acteur
majeur, car elle est éclatée entre Commissaires
différents (recherche, science, éducation
nationale). Elle n'intervient pas en matière
de défense. Elle pilote les projets européens
sans vues d'ensemble. La nouvelle Commission semble
encore plus handicapée que la précédente.
Elle n'a pas encore été capable de lancer
véritablement Galiléo, devant un refus allemand
de dernière minute peu compréhensible. Galiléo
n'a été sauvé que par l'engagement
in extremis de l'ESA. Or Galiléo est vital,
non pas seulement pour l'avenir mais pour le court
terme.
Il faudrait en fait un Conseil européen de
l'Espace, réunissant les Chefs d'Etat. L'objectif
serait de refaire l'Europe spatiale, en lui fixant des objectifs
aussi ambitieux que clairs : science, recherche, applications
civiles, défense, exploration. Le tout en sauvegardant
l'industrie spatiale qui se délite actuellement et
en stoppant l'évaporation des cerveaux qui est devenue
dramatique - sans mentionner la crise des vocations scientifiques
en matière universitaire.
Intervention
de Christian Cabal : le constat est sévère
mais juste. Un rapport sur ces questions est en cours de rédaction
par lui-même et le sénateur Revol (voir conclusion).
Jeffrey
Hoffman MIT
Nous
abrégerons le résumé de l'intervention très
intéressante du Dr Hoffman car elle a évoqué
les grandes lignes de l'actuelle politique spatiale américaine,
tant sur les plans techniques que budgétaires, dont nous
avons déjà rendu compte dans notre Revue (voir par
exemple http://www.automatesintelligents.com/actu/050930_actu.html#actu6).
Nous
retiendrons par contre les éclairages suivants :
Selon
l'orateur, la Nasa, spontanément, aurait abandonné
beaucoup plus vite qu'actuellement les vols navette vers
l'ISS qui ne présente plus pour elle d'intérêt.
Elle ne le fait pas pour respecter ses engagements à
l'égard de ses partenaires, essentiellement le Japon
et l'Allemagne. Mais les dépenses seront sévèrement
réduites.
En effet et plus généralement, la Nasa est
désormais obligée de fonctionner à
budget constant autour de 20 mds de dollars par an et ce
jusqu'au retour sur la Lune vers 2012. Tous ses efforts
seront axés sur cet objectif, qui ne peut pas ne
pas réussir. Il faudra développer de nouveaux
lanceurs par réutilisation et optimisation des actuels,
faire le Crew Exploration Vehicle (Apollo en plus grand)
, le Heavy Lift Launcher, etc. Pour le moment, Mars a disparu
des projets visibles de la Nasa.
Ce qui préoccupe la Nasa actuellement, au-delà
de ces questions techniques, concerne la durabilité
du programme. Celle-ci ne sera assurée qu'à
plusieurs conditions qui ne sont pas garanties actuellement
:
- continuer à disposer d'un budget réaliste,
c'est-à-dire excluant toutes dépenses inattendues
ou prévoyant la suppression d'activités actuelles
en cas de dépassements imprévus
- assurer la réduction du coût des vols humains
actuels pour pouvoir les poursuivre
- assurer surtout
la robustesse de la volonté politique. Il serait
catastrophique qu'à chaque changement de président
les objectifs soient revus. Autrement dit, les programmes
doivent survivre à Bush et à ses successeurs.
Rien ne le garantit car aucun budget à long terme
n'a été arrêté.
Une
autre condition s'impose désormais qui n'existait
pas aux temps héroïques : il faut que la nation
apprenne à gérer et accepter le risque. Dans
le spatial, les accidents et pertes humaines sont inévitables.
Il faut pouvoir les surmonter. Or ceci n'est pas assuré
aujourd'hui.
Il faut en contrepartie que le public en « ait pour
son argent ». Autrement dit, la Nasa doit abondamment
communiquer, fournir des images et des textes à tous,
y compris aux écoles et Universités. Les informations
doivent arriver régulièrement. Aujourd'hui
Internet permet de remplacer les médias. Il faut
donc mettre en place des sites web populaires et interactifs.
Ceci permettra de construire la capacité de mobilisation
du public, même si cela représente une augmentation
des coûts.
Il faut enfin admettre que le sponsoring de riches amateurs
permettra de compléter l'effort des agences publiques,
voire de les précéder. Actuellement, aux fins
de mécénat ou de tourisme spatial, un large
engouement de milliardaires en dollars permet d'expérimenter
de nombreuse solutions dont certaines seront sans doute très
innovantes et pourront assurer l'avenir des vols habités.
Il faut sortir de la culture du tout institutionnel.
A ces conditions les vols habités auront encore un
large avenir
Observation de Christian Cabal : les investissements
privés ne sont pas suffisants. L'espace ne
peut pas s'autofinancer, ni aux USA ni surtout en
Europe. Les Etats doivent investir.
Note : L'orateur
n'a pas mentionné les sommes énormes investies par
le département de la Défense et la Darpa dans le spatial
de Sécurité Nationale. La Nasa n'est pas seule à
supporter l'effort spatial des USA. Les industriels bénéficient
de contrats considérables qui leur permettent d'accroître
sans arrêt leurs compétences et d'écrémer
le meilleur des compétences étrangères.
Heinz-Joseph Kaaf, Deutsches Zentrum fur
Luft und Raumfarht
http://www.dlr.de/
Depuis
20 ans l'Europe participe au projet ISS. Les Allemands ont
voulu être chef de file de ce projet pour l'Europe,
en concevant le Laboratoire et les expériences du
module Colombus. Celui-ci devait initialement être
lancé par une Ariane 5, puis par une navette. Aujourd'hui,
le projet est en attente d'un lanceur. Ce sera peut être
un Soyouz. Quid de l'ATV développé par l'ESA
?
DLR doit sauvegarder les 2 mds d'euros engagés
dans ce projet. Le lancement pourrait être réalisé
en 2007-2008.
Pour l'avenir, l'Allemagne reste fixée
sur l'ISS. Elle recommande une approche par paliers.
Elle n'est pas pressée. On veut aller trop
loin et trop vite. Cependant l'accord de principe
est acquis pour des missions robotiques sur Mars.
Intervention
de Christian Cabal. Ce retard du lancement de Colombus
illustre le lourd prix à payer pour la collaboration
avec les USA.
Note
: La position allemande, telle qu'exposé par l'intervenant,
est assez décourageante. Aucun des arguments politiques rappelés
par les intervenants précédents ne semble avoir été
retenu par le gouvernement allemand. Que ce malthusianisme (doublé
d'une telle naïveté à l'égard des USA),
soit le lot de certains nouveaux Etats européens entrants,
on pourrait le concevoir. Mais qu'il représente la position
de la première économie européenne est incompréhensible.
Il faudra voir quelle sera l'attitude du prochain gouvernement en
cours de formation. Mais les motifs d'espérer un ressaisissement
sont minces.
Richard
Bonneville, CNES, chef du service Etude et exploration de
l'univers
L'intervenant
a donné des informations sur les objectifs et les programmes
d'exploration de l'univers menés par l'ESA avec le concours
du CNES, ou par le CNES seul. Nous ne les reprendrons pas ici car
trop techniques.
Un
point mérite cependant d'être signalé, concernant
l'avenir. Il s'agit de l'expérimentation de vols de satellites
en formation (2 ou 3), pour réaliser des observatoires interférométriques.
Les tolérances de variation dans les distances respectives
telles qu'annoncées (sauf erreur de réception de ma
part) sont incroyablement basses: quelques microns sur quelques
mètres).
André
Brahic CEA
De la
longue et brillante intervention d'André Brahic,
nous ne retiendrons ici, faute de pouvoir faire passer l'enthousiasme
bien connu de l'orateur, que quelques traits:
L'espace
est un enjeu crucial pour la civilisation, car l'avenir
de celle-ci est là.
Seul la valorisation de l'espace aura la force suffisante
pour faire reculer le scepticisme à l'égard
de la science, particulièrement marqué en
France et désastreux. Le phénomène
est grave chez les étudiants: 20 étudiants
en physique dans telle faculté contre 200 en psychologie.
Or la science vaut bien d'autres formes de culture, trop
prisées par comparaison: la musique, le sport, la
voiture.
Bien
plus, l'espace est seul capable de rajeunir le regard que
la science (et la culture avec elle) portent sur le monde.
En 20 ans nous avons appris que le cosmos est absolument
diffférent de ce que l'on imaginait. Plus rien n'a
le sens attribué précédemment. C'est
une véritable révolution épistémologique
qui est derrière les nouvelles découvertes
des sondes spatiales. Mais qui s'en aperçoit?
Pour
exprimer cela, André Brahic met en opposition une peinture
du ciel nocturne par Van Gogh jeune, comportant des étoiles
représentées par des points brillants. En face, il
montre un ciel de Van Gogh peint à la fin de sa vie, au seuil
de la folie, avec un ciel empli de tourbillons. Or c'est un tel
ciel qu'instruit par l'astronomie et la cosmologie moderne nous
devrions voir. Il y va de notre survie intellectuelle.
A quand
un accord entre tous les partis politiques sur l'importance
de la science et au sein de la science, de l'astronomie
et du spatial? Quand entendra-t-on les candidats aux prochaines
présidentielles françaises tenir ce discours?
Note:
André Brahic a raison. C'est aux Chefs d'Etat ou candidats
Chefs d'Etat qu'il appartient désormais de parler ainsi.
Surtout en Europe. Le Chef d'Etat français aurait un rôle
essentiel à jouer pour entraîner les autres.
Anne Bondiou, Directeur, Onera
http://www.onera.fr/
L'intervenante
décrit plusieurs dispositifs indispensables aux missions
spatiales: accélérométrie ultra sensible,
intelligence embarquée autonome, vol en formation (cf
ci-dessus).
Un important
arsenal technologique est en cours de développement,
dans le cadre de la coopération entre agences. Mais
ceci est peu connu et peu valorisé auprès
de l'opinion.
Nouvelles
applications au service des citoyens 
Pierre
Cohen, député, modérateur, pose une
question de fond. Le développement des politiques spatiales
sera-t-il tiré par les besoins du marché ou par ceux
des citoyens? Mais comment savoir ce que souhaitent les citoyens.
Ne faut-il pas d'abord définir des applications afin de mieux
connaître les besoins? L'expérience de l'Inde à
cet égard est très intéressante.
R.V.
Perumal, directeur à l'Indian Space Research Organisation
http://www.isro.org/
L'Inde
a établi à partir de 1963 un programme spatial
à 40 ans, orienté vers les applications civiles.
Il faut rappeler que le premier acte de ce programme a été
en 1977 l'utilisation du satellite Symphonie acquis auprès
de la France. Toute une série d'applications ont été
définies et progressivement mis en oeuvre : télévision,
télécommunications, observation de la Terre,
etc. Un principe de base est que cela doit être fait
en utilisant et intégrant les ressources scientifiques
et industrielles nationales. C'est le cas notamment en matière
de lanceurs et de satellites.
L'orateur donne plusieurs exemples montrant comment
des Systèmes d'informations géographiques
spatiaux (SIGS) permettent d'élaborer des politiques
de gestion de l'eau, des terres agricoles, de la sécheresse,
des ressources halieutiques.
Viennent ensuite des applications plus complexes : télémédecine,
télééducation, gestion des urgences
et calamités, secours et navigation en mer, météo.
Ainsi en télémédecine 115 hôpitaux
sont aujourd'hui organisés en réseau
et peuvent dispenser des télé-soins sur l'ensemble
du territoire rural. Il en est de même concernant
les universités.
C'est l'Etat qui prend l'initiative des premiers services.
Mais le point important est que les moyens d'utiliser les
données au service des besoins locaux sont mis en
place d'emblée, parallèlement à l'offre
de services. C'est la formule dite des « Ressources
de Village ». Un ou plusieurs terminaux donnent les
informations critiques aux villageois qui en ont besoin.
Ceux-ci, dans un premier temps, les utilisent telles quelles.
Ils interviennent ensuite pour que les services s'améliorent.
L'exemple indien pourrait intéresser l'Europe,
dans ses relations de coopération avec l'Afrique.
Note
: ces exemples sont tout à fait significatifs (cf pour plus
de détails le site de l'ISRO). Certes, les investissements
de départ (d'ailleurs très faibles) sont pris en charge
par les budgets publics, mais les retombées, en terme d'élévation
des niveaux de vie et de durabilité du développement,
sont considérables, sans commune mesure avec les dépenses
initiales. Mais ce ne sont pas les mêmes budgets qui en bénéficient.
Il faut donc une approche globale de la comptabilité nationale
(ou internationale) qui manque actuellement en Occident.
Yannick
d'Escatha, président du CNES
http://www.cnes.fr/html/_.php
Le CNES s'inscrit tout à fait dans l'objectif
de mettre l'espace au service des citoyens. Mais ceci
suppose un dépassement des objectifs commerciaux
à court terme. Il faut assurer la continuité
des services globaux, en précisant bien les responsabilités
des différents acteurs (télémédecine,
téléenseignement par exemple).
La Commission européenne a eu ces dernières
années un rôle important en amont, en finançant
dans le cadre des programmes cadres la réalisation
de solutions globales. Ce fut le cas avec Galiléo
et aujourd'hui avec le GMES, déjà cités.
Malheureusement, cette volonté n'a pas encore
été relayée au niveau des institutions
européennes et des Etats. Il faut pourtant renforcer
les responsabilités européennes pour répondre
aux besoins nouveaux de nos sociétés. La France,
par l'intermédiaire du CNES notamment, a toujours
défendu et servi cette approche.
Galiléo (rappel : voir http://europa.eu.int/comm/dgs/energy_transport/galileo/index_en.htm)
constitue à cet égard un enjeu majeur, tant pour le
civil que pour la sécurité-défense. La France
a toujours soutenu le projet. Elle a proposé d'accueillir
le concessionnaire et le centre de service et sécurité.
Note
: Mais contrairement à ce que l'on pouvait espérer,
rien n'est encore vraiment ou définitivement acquis concernant
Galiléo. Les retards, dus à des ambitions nationales
mal comprises, continuent, malgré les efforts de l'ESA pour
que le dossier soit définitivement bouclé.
En matière
de sécurité défense, il existe une
équipe défense au CNES commune avec les autorités
de défense.
Le GMES déjà évoqué constitue
le nouveau grand enjeu. Il vise à une connaissance
globale des phénomènes, en intégrant
aussi des données non spatiales (balises en mer par
exemple). Il faut maintenant faire des efforts considérables
de collation, mise en cohérence et utilisation intelligente
des données, ce qui impliquera de nombreux acteurs
scientifiques et médiatiques.
En matière de télévision, le spatial
est plus lent à se déployer, compte tenu de
la concurrence du terrestre. D'où la nécessité
de prévoir à l'avance l'évolution
des besoins et des technologies.
Dans
le domaine très important de la lutte contre la fracture
numérique, des solutions bi-directionnelles permettant
l'accès à Internet par satellite sont aujourd'hui
disponibles afin de favoriser le concept de village communiquant
(santé, enseignement) dans les zones non desservies
par des canaux terrestres, sur le modèle exposé
par le Dr Perumal. On étendra le concept à la
surveillance des événements naturels, au secours
des personnes isolées, à la surveillance des
pandémies.
L'ONU a établi en 2001 une Charte internationale
de l'espace et des catastrophes majeures avec l'appui de
l'ESA et du CNES, qui permet le recueil des données
d'urgence et la gestion des opérations de secours.
Cette procédure est intervenue 25 fois depuis 2005.
Peu de gens le savent. On a là un bon 'exemple de
l'espace mis au service de l'humanité.
Sergio Vetrella, président de l'ASI, Agence
Spatiale Italienne
http://www.asi.it/
L'ASI
n'a pas pour le moment investi le secteur des besoins des
citoyens, faute d'argent. Elle s'est concentrée sur
les satellites et non sur les services. Ceci a permis d'assurer
un certain chiffre d'affaire aux industriels mais ce n'est
pas suffisant. On a un train sans rails et sans passagers.
Aujourd'hui
par exemple, en matière de prévision des catastrophes
naturelles, on ne dispose pas de modèles valables
concernant les glissements de terrain et les inondations,
pourtant fréquentes même dans le bassin méditerranéen.
Il faudra
que le Conseil Espace de décembre aborde toutes ces
questions en s'affranchissant des approches traditionnelles
concernant l'espace.
Note:
On ne peut pas parler plus franchement. Mais c'est dommage que le
président de l'ASI ne s'explique pas davantage. Sommes-nous
en présence d'un phénomène uniquement italien
ou concerne-t-il toute l'Europe? Et comment réagir?
Daniel Sacotte, Directeur, ESA
http://www.esa.int/esaCP/France.html
L'espace
est présent désormais au coeur de toutes les
attentes des citoyens et irradie l'ensemble des activités
quotidiennes : éducation, santé, sécurité,
environnement, énergie, information, loisirs. L'orateur
donne de nombreux exemples.
En ce qui concerne la science, les grandes missions spatiales
apportent et vont apporter des éclairages nouveaux
très importants. Par exemple, Vénus Express
qui décollera en novembre permettra de comprendre
un phénomène qui menace la Terre : comment
l'effet de serre a pu transformer une planète sans
doute initialement proche de la nôtre en enfer ? De
même, si on découvre de la vie sur Mars, on
imagine la révolution, non seulement en biologie
mais aussi sur le plan philosophique que cela constituera.
On
ne parle plus en Europe d'exploration lunaire humaine, mais
c'est dommage. La Lune permettra de développer des
méthodes de recyclage des déchets, de production
d'énergie et d'eau, dont la Terre aurait déjà
besoin.
L'ESA s'est donné un plan avec plusieurs priorités
pour répondre à tout ceci. Mais là
encore, tout dépendra des décisions qui seront
prises au prochain sommet européen de l'Espace.
José
Achache, directeur du Group on Earth Observation (GEO)
http://earthobservations.org/
Le
GEO est né de la constatation qu'en matière d'environnement
et de sécurité globale, l'observation de la Terre
à partir de l'Espace offre dorénavant des solutions
très intéressantes. Celles-ci ne concernent pas seulement
ce à quoi l'on pense, la prévision des tsunamis et
séismes. C'est ainsi que la sécheresse fait chaque
année 30.000 morts en Afrique et peut être prévue
par des observations ad hoc.
Pour cela il faut se situer au niveau du monde. Le GEO est
l'extension au monde entier du GMES. Il s'agit, dans les
deux cas, de Systèmes de systèmes (Systems
of Systems). On évitera les séparations
entre systèmes d'observations particuliers, pour
adopter une approche transverse, traitant tous les problèmes
ensemble. Ainsi les systèmes de suivi des précipitations
globales (seuls les pays développés suivent
leur pluviométrie par radar), permettra de prévoir
la couverture végétale, l'agriculture, les
épidémies, les inondations, etc. Chaque domaine
sert les autres. Le temps n'est plus aux seules initiatives
nationales, même à l'échelle des grands
Etats.
Mais pour convaincre les opinions publiques de l'intérêt
de cela, il faut des démonstrateurs, il faut des
programmes suivis avec continuité et aux résultats
largement diffusés, comme cela fut fait en météorologie.
Les sciences de la Terre sont en grande mutation, comme
celles de l'atmosphère, car elles intègrent
désormais les données spatiales. Elles génèrent
des approches radicalement différentes de celles
des observations in situ. Cela, les scientifiques encore
enfermés dans leurs disciplines traditionnelles ont
parfois du mal à le comprendre.
De plus, ce ne sont pas seulement les scientifiques qui
doivent avoir accès à l'information, mais
tout le monde : industriels, utilisateurs multiples, ceci
en libre-accès. Le GEO doit pouvoir donner un accès
mondial intégré à l'information sur
le modèle de ce que fait actuellement Google Earth.
Les utilisateurs, initialement, ne connaissent pas leurs
besoins. Il faut, comme l'Inde, offrir d'abord un service
universel afin ensuite de le raffiner.
Le problème à résoudre concernant l'observation
de la Terre n'est pas celui des observatoires, mais celui
de la diffusion des informations recueillies. La première
initiative du GEO sera un Geo-netcast sur le modèle
du Broadcast en télédiffusion. Il sera étendu
à l'échelle globale et offrira une fonction
remontante.
L'initiative peut-elle être confiée à l'industrie
? Sans doute, mais à quelle industrie ? Choisir un partenaire
industriel oblige à adopter son business model. En France,
on s'était initialement trompé. Produire de l'image
brute et de la vendre, comme avaient fait Spot Image initialement
ou Envisat, ne répond pas aux besoins d'aujourd'hui. Avec
Spot 5, suivi des mini-satellites Pléiades, Spot Image a
évolué. Il cherche les applications, voire les «entertainments»
qui permettent de diffuser plus largement. (NB/ Voir http://www.spotimage.fr/html/_65_.php).
Pour cela, deux voies sont possibles. La première
est celle de l'Inde où l'initiative est publique
voire gouvernementale. On n'attend pas de connaître
ce que veut le public, on réalise et on adapte ensuite.
C'était assez dans la culture européenne ancienne,
mais aujourd'hui l'esprit ne semble plus là.
La deuxième voie est privée. Elle fait appel
au marché. C'est celle de Google Earth version professionnelle,
qui est payante. Les grandes entreprises fournisseurs d'information
arrivent sur ce marché, par exemple Microsoft. GEO
est un système d'information. Cela les intéresse.
On notera que Microsoft s'est allié avec l'INRIA
français précisément pour réutiliser
les recherches françaises en matière de grands
systèmes d'informations.
Le problème pour l'Europe est qu'il n'y a pas d'industriels
européens dans ce créneau. Il s'agit pourtant
d'un secteur clef entre le spatial et les utilisateurs de
données, où les Européens s'ils ne
font rien perdront leurs compétences traditionnelles.
Il faudrait évidemment que les entreprises européennes
se positionnent d'urgence dans la fourniture des services
et des applications spatiales. GMES a donné à
l'Europe 3 ans d'avance. Mais si elle ne fait rien, cette
avance disparaîtra rapidement. Google et Microsoft
auront capté le marché.
Note:
en France, l'alliance Microsoft-INRIA a été saluée
comme une démarche très généreuse de
la firme de Redwood. Pour quelques centaines de milliers d'euros,
elle s'est en effet ouvert une porte lui permettant d'accéder
à des compétences sans prix.
Giuliano
Berretta, DG Eutelsat
http://www.eutelsat.org/fr/home/
Eutelsat, premier opérateur de satellites en Europe,
et opérateur français, entretient 23 satellites,
tous acquis en Europe. CA 750 Mns dont 68% vient de la télédiffusion.
1500 chaînes, 53 mns de foyers desservis par antenne,
120 mns avec le relais du câble. L'avenir naturel
est la TV haute définition, en compétition
avec la TNT. Elle visera notamment les divers moyens de
transport.
Eutelsat s'intéresse à la fracture numérique.
Elle vise la diffusion vers les pays du tiers monde, où
le satellite est bien adapté.
Ceci dit Eutelsat ne peut innover en matière technique.
C'est aux Agences spatiales de la faire. Ceci en prenant
10 ans d'avance sur la pratique. Sinon, c'est trop tard.
Par contre Eutelsat peut embarquer de nouvelles technologies
dans ses nouveaux satellites. Cela permet de les éprouver.
C'est ainsi qu'il faut maintenant prévoir la télévision
sur les portables (cf exposé ci-après).
Note:
les services français assurant une veille en matière
d'intelligence économique savent à quel point Eutelsat
est convoité par des fonds étrangers.
Olivier
Coste Vice président business dévelopment,
Alcatel Alenia Space
http://www.alcatel.com/space/
Les sujets institutionnels constituent les 2/3 du CA de
l'entreprise. Les solutions Télécom
représentant 1/3 du CA sont exportées dans
le monde entier. Galiléo représente un marché
potentiel considérable.
Note
: on lit sur le site de l'entreprise (cf ci-dessus concernant les
retards de Galiléo et l'intervention salvatrice de l'ESA):
"Paris, November 3, 2005 - Alcatel (Paris:
CGEP.PA and NYSE: ALA) applauds the agreement of the European Space
Agency's industrial policy and navigation program committees regarding
the additional financing of Galileo's first industrial phase.
This
initial phase consists of placing 4 first satellites into
orbit to validate the key technologies of this complex system.
In its full deployment stage, the Galileo constellation
will consist of 30 satellites, with the operational roll-out
expected at the end of 2010. One of the first satellites,
integrated by Alcatel Alenia Space in its Rome facility,
will be launched early in 2006.
Olivier
Houssin, President of Alcatel's Private Communications and
in charge of Alcatel's space activities says: "Thanks
to this decision, the industrial teams in Europe - and notably
Alcatel Alenia Space teams - will be able to work with the
needed visibility to achieve this program within the time
and financial frame. This green light will strengthen European
technological competencies in satellite navigation and will
encourage job creation in transport, telecommunications
and safety domains."
ESA's
strategic decision demonstrates Europe's will in establishing
the Galileo program, essential for European autonomy, and
for the development of new localization-based services.
Once this first industrial phase will be achieved, a private
concessionaire will ensure the financing, building and exploiting
of the whole satellite constellation.
Alcatel,
together with its partner Finmeccanica, is one of the founding
members of the Galileo Consortium. The concessionaire will
have the task of operating Galileo for 20 years but will
also benefit from commercial results."
L'orateur
développe ensuite la vision d'Alcatel Alenia Space
concernant la télévision sur mobile. Il s'agit
d'un marché qui aura sans doute un développement
considérable, avec les nouveaux terminaux prévus
pour dans 3 ou 4 ans. Une architecture hybride satellite -
stations à terre de nouvelle génération
offrira : une accessibilité universelle partout, la
possibilité de recevoir un nombre illimité de
chaînes, un maniement facile pour l'utilisateur.
Ce système est déjà pratiqué
aux USA et au Japon pour la radio. La solution Alcatel pour
mobile donnera à l'Europe une avance certaine.
Le réseau ne permettra pas seulement les fonctions
du portable actuel avec celles de la télévision.
Ce sera aussi un outil d'alerte aux populations en
cas de crise, et d'usages interactifs, avec voies
de retour.
La bonne coopération avec les agences spatiales européennes
devrait conforter son succès.
Quel espace
de la Défense? 
Sénateur
Henri Revol , modérateur
Contrairement
à l'habitude des colloques sur l'espace, nous avons souhaité
intégrer à celui-ci la dimension défense, elle-même
étendue pour comprendre la sécurité intérieure.
De quel type de défense l'Europe veut-elle se doter et que
seront ses moyens spatiaux ? L'Agence Européenne de Défense
en cours de mise en place devra se poser la question. Il faut rappeler
que les USA consacrent 20 mds de dollars au spatial militaire, contre
1, tous pays réunis, en Europe.
Qui dit défense dit autonomie des entreprises travaillant
dans ce secteur. Il faut donc leur assurer un certain montant
de commandes publiques. Le risque aujourd'hui est
que cela ne soit plus garanti.
Général
Botondi, directeur national des armements de l'armée
italienne
L'Italie se veut un pilier solide de l'Europe
spatiale. Ses domaines d'intérêt sont
en extension permanente : contrôle de l'environnement,
navigation, renseignements. La plupart comportent des applications
intéressant la sécurité nationale,
à partir de plates-formes satellitaires duales. Pourquoi
ce concept de dualité ? Compte tenu de ressources
limitées, il faut exploiter la transversalité,
en partageant les informations avec le secteur civil. Il
faut bénéficier des pôles d'excellence
technologiques là où ils existent. Le militaire
et le civil ont beaucoup de points communs.
Par ailleurs, la plupart des informations peuvent être
échangées avec d'autres pays.
Le général donne quelques détails sur
les systèmes d'information pour le commandement intéressant
ce qu'il appelle la Homeland Security, qui seront partagés
avec le civil et avec des pays voisins : les futurs programmes
spatiaux (Pleïades, CosmosSkymed, SarLuppe, TerasSar),
avec leurs ambitieux programmes d'observation de la Terre,
justifient ces efforts.
(NB : Cosmos-skymed
est un observatoire radar italien atteignant 1m de pouvoir séparateur.
SAR Luppe est un système allemand de 5 petits satellites
radar reliés à une station terrestre.)
Une coopération étendue avec la France a été
décidée à Turin en 2001. L'Italie accède
à Hélios
2 depuis 2004 et la France à CosmosSky