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Présentation du Colloque
"La
révolution des nanotechnologies : quels espoirs ? quels
enjeux ?" 1er février - Conseil économique et social
(présentation extraite du programme) Voir
le programme
Un
nouveau monde est en train de naître. Il nous promet
des produits plus petits, plus légers, moins chers.
Il nous propose des ordinateurs plus performants, des moyens
de communication plus rapides, des traitements médicaux
plus efficaces, un environnement plus propre, un cadre de
vie plus agréable. Comment ces promesses seront-elles
tenues ?
C'est
à cette question que tenteront de répondre les
différents intervenants lors de trois tables rondes
sur le cadre et les limites de la révolution des nanotechnologies,
le point de vue de l'Europe, et l'impact prévisible
des nanotechnologies sur l'individu et la société.
Nb
: contrairement à ce qui a été annoncé
dans le programme, le colloque a été ouvert
par Hubert. Bouchet (membre du conseil économique et
social - Secrétaire général UCI-Fo) -
et non Jacques Dermagne. Denis Griot n'est pas intervenu dans
la première table-ronde comme annoncé. Même
chose pour Jean-jacques Beinex et Henry Revol pour la seconde
table-ronde)
Nanotechnologies
: le point de vue de l'europe
Philippe Galiay
Administrateur principal à la Commission européenne
Direction Générale de la Recherche
direction Science, économie et société
Bonjour
à tous
Au
sein de la Commission européenne, je travaille à la
Direction générale de la recherche, dans la direction
"Science, économie et société" dans
une unité qui s'occupe de gouvernance et d'éthique
(L3).
Parmi les diapositives que je vais vous présenter, vous en
verrez certaines spécifiques aux nanotechnologies : cette
partie de la recherche est faite par la Direction "Technologie
industrielle" et par l'unité "Science, nanosciences
et nanotechnologies et sciences et technologies convergentes (G04).
Ma présentation
va s'articuler autour des trois thèmes suivants :
Les nanotechnologies,
vues depuis l'Europe
Les objectifs
de l'action communautaire dans le domaine
Les moyens
mis en oeuvre pour atteindre ces objectifs
Deux
dimensions lorsqu'on évoque les nanotechnologies au niveau
européen
D'abord, lorsque l'on évoque les nanotechnologies au niveau
européen, il y a deux dimensions qui se dégagent.
Tout d'abord une dimension, mondiale.Dans ce monde globalisé,
une révolution technologique comme celle-ci peut être
difficilement circonscrite à une région, ou même
à plusieurs régions du monde : elle concerne l'ensemble
de la planète. C'est dans cette perspective qu'il faut se
situer pour bien analyser ce que l'on doit faire.
La deuxième dimension est bien sûr la dimension intra-européenne,
avec la question de savoir comment agir au mieux au niveau européen.
Du fait de potentialité d'omniprésence, il faut considérer
les nanotechnologies ou nanosciences ou nanoparticules dans la globalité
de la planète.
Cette
vue présente quelques applications : médecine et santé
; technologies de l'information ; production, stockage de l'énergie
; science des matériaux ; nourriture, eau, environnement
; instrumentation ; etc.
Donc, virtuellement, au jour le jour, les nanotechnologies peuvent
toucher tout notre environnement.
Et
dans ce contexte, on désire que les nanotechnologies soient
au service des citoyens européens. On veut ensuite qu'elles
soient au service de la compétitivité industrielle
de l'Europe. Mais on veut aussi que les nanotechnologies, et tout
ce qui pourrait en dériver, soient au service du développement
durable.
Les
nanotechnologies, ce sont aussi le nano business :
Cette
courbe montre l'évolution prévue des marchés
en milliards de dollars américains, pour les 10 prochaines
années. On peut distinguer un scénario optimiste et
un autre pessimiste. Dans l'optimiste on arrive avec des prévisions
de l'ordre de 3000 milliards de dollars en 2015.
L'argent est une chose mais derrière ces marchés,
il faut considérer les emplois. Et cette courbe suit à
peu celle de la croissance des marchés :
Donc
dans ce domaine, il est extrêmement important que la Commission
structure son action pour favoriser le développement des
nanotechnologies et des nanosciences en Europe. Il est hors de question
que nous laissions le reste de la planète profiter des bénéfices
du secteur sans que nous-mêmes, Européens, puissions
profiter de ce que les nanotechnologies peuvent apporter.
La Commission européenne a ici un rôle particulièrement
important à jouer pour mettre en place une bonne coordination
et la mise en place de synergies, assurer entre les Etats membres
une certaine recherche d'efficacité dans les politiques menées
par l'Union européenne. Si la recherche s'inscrit dans les
activités communautaires, beaucoup d'autres activités
communautaires existent, par exemple un groupe interservices (GIS
NS & NT) qui réunit toutes les composantes, toutes les
politiques de la communauté et dans lesquelles les nanos
sont abordées.
Enfin, nous devons également opérer une synergie au
niveau international (bi/multilatéral, discussions avec l'OCDE,
l'UNESCO...).
Une
autre composante est également la synergie avec d'autres
porteurs d'enjeux (société dans son ensemble, consommateurs,
industriels, assurances...).
Les
objectifs communautaires en matière de nanotechnologies
Nous poursuivons deux principaux objectifs en matière de
nanotechnologies, mais je dirais qu'il s'agit en fait d'un seul
objectif, dual :
- Le premier est de tirer le meilleur parti des nanosciences et
nanotechnologies grâce au développement d'un plan efficace
dans le domaine,
- Le second est d'améliorer la relation entre science et
société, de construire une relation harmonieuse entre
les deux.
Pour cela, toujours en matière de nanotechnologies, la Commission
a produit deux documents : le premier en 2004 (pour débattre
avec les Etats membres et avec tous ceux qui souhaitaient y contribuer)
et, en juin 2005, un plan d'action grandement structuré autour
de nos capacité de recherche et de développement technologique.
Le
premier est la recherche, mais nous réfléchissons
aussi sur les aspects liés aux infrastructures, à
l'éducation, à l'innovation, aux questions sociétales.
Nous prenons également en compte la coopération, la
réglementation internationale et la coopération internationale.
Et cet ensemble doit converger vers des buts, tels que la qualité
de la vie, le respect des principes éthiques, la compétitivité
industrielle, la création de richesses pour l'Europe, les
nouveaux emplois, les objectifs de Lisbonne - c'est-à-dire
créer une société basée sur la connaissance,
qui soit riche en emplois de bonne qualité -, et puis les
autres objectifs de l'Union européenne, bien évidemment.
Pour
cela, et je le rappelle à nouveau, il y a une mise en complémentarité
et synergie des acteurs. Ces acteurs sont relativement nombreux
et j'en ai cité quelques-uns sur le graphique : Commission
Européenne, Etats membres, industries, monde académique,
société civile, centres spécialisés,
banques, ESF, EIB/EIF, etc.
Donc
vous voyez que ce n'est pas uniquement la Commission qui est concernée
par ce plan d'action, mais elle invite l'ensemble des acteurs à
travailler en synergie.
La
mise en oeuvre du plan d'action
Pour
mettre en oeuvre ce plan d'action, et optimiser son impact, il nous
faut disposer de deux choses essentielles : des moyens financiers
conséquents et une bonne gouvernance.
Des
moyens financiers
Pour
ce qui est des moyens financiers, le diagramme suivant présente
le 6ème Programme-cadre de recherche (6e PCRD), pour la période
2002 à 2006. L'effort sur les nanotechnologies y a été
de 370 millions d'euros en 2004, 470 millions d'euros pour 2005
et, pour 2006, un montant estimé de 500 millions d'euros,
soit un total de 1,3 milliards d'euros pour l'ensemble du programme-cadre.
Catherine
Bréchignac, directrice du CNRS en
a déjà parlé lors de la première table
ronde mais je vous présente, maintenant sous forme
graphique, les efforts de recherche et de développement en
matière de nanotechnologies dans le monde : Union européenne,
Etats-Unis, Japon et reste de la planète.
Les
Etats-Unis viennent en tête devant l'Europe, elle même
placée devant le Japon. Comme l'a également déjà
signalé Catherine Bréchignac, ce graphique montre
un gros déséquilibre de la part de l'Europe sur l'investissement
privé (en jaune sur le graphique), par rapport aux sommes
privées investies aux Etats Unis, et qui représentent
en ce domaine à peu près le double des montants consentis
par le vieux continent.
Il
faut également rappeler l'évolution rapide de ces
chiffres : la Chine produit déjà par exemple plus
de publications scientifiques que l'Europe sur les nanos. Ceci montre
qu'il y a là-bas une croissance extrêmement rapide
dans ce domaine.
Voici
maintenant les chiffres du 7e programme cadre :
Le
7e programme cadre de recherche et de développement technologique
(PCRD) est un instrument financier qui va couvrir la période
2007 à 2013, donc 7 ans. Il est calculé sur les perspectives
financières communautaires. Son enveloppe financière
a été beaucoup augmentée par rapport à
celle du 6e programme, à peu près de 40%, soit une
enveloppe de 50,521 milliards d'euros qui sera investie dans la
recherche, en Europe, sur ces 7 ans.
Au sein de cette enveloppe, 3425 millions d'euros concernent l'ensemble
"nanosciences, nanotechnologies, matériaux, nouvelles
technologies de production" sur la période (400 millions
d'euros pour l'année 2007).
Vous voyez également en bleu dans ce tableau la partie ayant
trait à Science et société (330 millions d'euros
sur 7 ans). Car si dans notre partie Gouvernance et Ethique (SIS)
on peut réfléchir sur certaines façons de mieux
faire de la gouvernance, il est aussi important pour nous de travailler
avec d'autres collègues (en l'occurrence ceux des SIS) et
qui disposent d'une enveloppe pouvant concerner les nanotechnologies.
Toujours
pour les nano, comparé au 6e programme-cadre, le nouveau
programme représente à peu près un doublement
des financements des recherches du domaine.
Une
bonne gouvernance
Si
les moyens financiers sont fondamentaux, la gouvernance l'est tout
autant. Je vous rappelle l'extrait du discours du Commissaire à
la recherche Janez Potocnik prononcé le 11 janvier dernier
: "Les partenariats européens pour la croissance et
l'emploi sont basés sur :
- une orientation des politiques vers plus de connaissance,
- une amélioration de la gouvernance de façon à
ce que tout le monde participe"
J'aime
cette idée-là parce qu'effectivement, on retrouve
ces deux composantes dans la lignée des objectifs de Lisbonne
: chacune des politiques doit aller vers un contenu renforcé
en matière de connaissance , il faut également une
évolution sur la manière dont on conduit ces politiques.
En l'occurrence, Janez Potocnik pensait aux Etats-membres. Mais
l'idée maintenant n'est plus tellement de faire de la politique
mais de la gouvernance.
Pourquoi
s'intéresser à la gouvernance ? Je pense que l'histoire
nous montre que la science n'a pas toujours été ce
qu'elle est aujourd'hui. Sur la totalité de notre période
historique, la science n'a été finalement que quelque
chose de marginal : ce n'est que dans les quelques derniers siècles
qu'est apparue l'intervention grandissante de la science dans la
société. Ensuite, le poids de la science et de la
technologie n'a fait qu'augmenter. Et c'est en fait au cours du
XXe siècle que la science est devenue omniprésente.
Ceci impose désormais une autre façon de réfléchir.
Je vous livre ici un passage du livre "Le Principe responsabilité
- éthique pour la civilisation technologique" (1979)
de Hans Jonas :
"...excès de notre "pouvoir faire " comparé
à notre "pouvoir, prévoir et évaluer".
Sur cet idée-là, Hans Jonas a bâtit toute une
éthique du futur, sur laquelle s'est aujourd'hui formé
le principe de précaution.
Ceci pour vous dire que plus de science, maintenant, n'impliquera
pas forcément une réduction ou une correction entre
ce déséquilibre en faveur du "pouvoir faire"
. Il faut plus de science, pour connaître davantage. Mais
pour équilibrer les pouvoirs, il faut aussi une meilleure
gouvernance. Et c'est ce que nous nous attachons à réaliser
au niveau de la Commission et de notre unité.
Pour moi, cette meilleure gouvernance passe par quatre principes
essentiels :
En premier
lieu, elle doit être respectueuse des intérêts
de chacun mais aussi des valeurs éthiques. A ce sujet,
nous disposons d'un groupe européen d'éthique qui
a rendu le 17 janvier dernier un avis sur l'éthique et
sur la nanomédecine. Cet avis préconise que 3% sur
l'ensemble investi dans les nanotechnologies doit être dédié
à la recherche sur l'éthique, la recherche sur les
aspects légaux et les aspects sociaux. Cet avis demande
aussi la création d'un réseau européen d'éthique
dans le domaine des nanotechnologies, ainsi qu'une réflexion
sur l'éthique des nanotechnologies face aux pays en développement.
Il préconise également un suivi en matière
de réglementation. Rappelons que nous finançons
également des recherches sur l'éthique des nanotechnologies
dans notre unité.
C'est aussi
une gouvernance qui passe par une ouverture d'esprit, impliquant
une reconnaissance des risques, des ambiguïtés et
des incertitudes. Sur ce point-là, le groupe européen
d'éthique nous est aussi d'une grande utilité.
Une meilleure
gouvernance doit s'appuyer sur une expertise "étendue".
Ceci veut dire que l'on doit bien sûr s'appuyer sur les
scientifiques mais aussi sur les professionnels et sur les personnes
ayant une expérience directe de leur métier et de
leur environnement.
Enfin, cette
gouvernance doit être inclusive, c'est-à-dire soucieuse
de l'interaction avec les porteurs d'enjeux et, notamment, avec
les citoyens et les organisations de la société
civile.
Ceci commence
à se faire et on l'a vu récemment avec une conférence
de citoyens sur les nanotechnologies (au niveau de la région
Ile-de-France).
Nous avons aussi essayé au niveau communautaire de faire
remonter ce type de débats au plan de l'Europe : nous avons
ainsi récemment financé un projet sur deux ans sur
les sciences neuronales, où nous avons demandé à
126 citoyens européens de discuter entre eux pour rendre
un avis sur leur vision des sciences du cerveau. Et il n'est pas
exclu que l'on puisse faire la même chose pour les nanotechnologies,
même si ce n'est pas encore décidé.
Au
sein du programme-cadre, il existe également en ce moment
des appels à propositions dans un certain nombre de domaines,
et en particulier dans celui des nanotechnologies. Nous en attendons
des propositions qui soient capables de cadrer le débat.
Car lorsque l'on veut débattre du sujet des nanotechnologies,
c'est un ensemble tellement immense qu'il ne faut pas s'y lancer
sans repères.
Un appel à proposition a également été
lancé pour créer un observatoire de technologies au
niveau européen.
Et
p our conclure, je rappellerai ce slogan : "on gagne ensemble,
on perd ensemble".
Je pense que cette phrase résume au mieux cette philosophie
d'une gouvernance qui nous permettrait de mieux intégrer
dans la société européenne les nanosciences
et les nanotechnologies, et toutes leurs applications.